À l'heure actuelle, de nombreux vestiges témoignent de nos erreurs du passé en matière de sélection des arbres en forêt urbaine. Un peu partout en Amérique du nord, dans la plupart des grandes villes, on retrouve majoritairement les 5 mêmes espèces d'arbres: L'Érable de Norvège, l'Érable argenté, le Févier épineux, le Frêne de Pennsylvanie et le Tilleul à petites feuilles. Non seulement ces 5 espèces se trouvent surreprésentées, mais elles sont en plus souvent utilisées dans un contexte d'alignement, donc en monoculture. Et bien que ces 5 espèces soient particulièrement bien adaptées aux conditions anthropiques du milieu urbain, cela n'empêche pas qu'elles soient semblables en plusieurs points et par conséquent, sensibles aux mêmes facteurs de stress. On parle énormément de biodiversité depuis quelques années et de l'importance de diversifier nos aménagements pour les rendre plus résilients, mais la diversité ne peut être améliorée de façon aléatoire. Il existe plusieurs approches efficaces à cet effet mais il semble qu'une d'entre elles soit plus prometteuse que les autres: il s'agit de l'approche fonctionnelle, aussi appelée diversité fonctionnelle.

Améliorer la résilience de la forêt urbaine

De nombreux enjeux nous attendent au cours des prochaines décennies en foresterie urbaine. Les changements et le réchauffement climatique vont augmenter la pression et les contraintes auxquelles les arbres sont déjà exposés en milieu urbain: on assistera sous peu à une augmentation du stress hydrique sous toutes ses formes, de la pollution atmosphérique, des épisodes de smog, de verglas, d'orages et de vents violents ainsi qu'à l'émergence de nouveaux insectes et maladies qui s'attaquent aux arbres. Considérant la nature hétérogène de tous ces facteurs de stress, il importe de planter des arbres qui ont une tolérance complémentaire à tous ces stress: c'est là qu'intervient le concept de diversité fonctionnelle. Dans les grandes lignes, cette approche propose de regrouper les arbres existants non pas en fonction de leur apparence, mais plutôt selon leurs différentes fonctionnalités: on parle alors de groupes fonctionnels. Les différentes fonctions utilisées pour les classer sont leur résistance à la sécheresse, à l'ombre, aux inondations, de leur type(s) d'association(s) mycorhizienne, du mode de dispersion de leurs semences, entre autres. Selon les chercheurs qui ont développé cette approche, le recours à une répartition homogène des 10 groupes fonctionnels dans nos aménagements futurs serait une excellente façon d'augmenter la résilience des peuplements d'arbres urbains en vue des changements qui nous toucherons au cours des prochaines décennies.

Une autre approche proposée par les chercheurs consiste à intégrer dès maintenant dans nos aménagements des espèces qui ne se retrouveront pas à l'extérieur de leur niche climatique d'ici 10 ou 20 ans. L'application «seedwhere» peut être consultée afin de valider si notre sélection d'arbres est conforme à l'évolution de la niche climatique dans le secteur où l'on effectuera des plantations. Finalement, la plantation d'espèces climaciques, aussi appelés feuillus nobles, est essentielle car elle permet de profiter de ces arbres sur une très longue période, ce qui est primordial si on veut un jour profiter des services écosystémiques prodigués par les arbres. Un autre avantage de travailler avec des essences nobles est que leur bois lourd et dense possède généralement une très grande solidité ainsi qu'une très grande résilience mécanique et architecturale: ces avantages représentent des atouts majeurs dans un contexte où les vents violents et les épisodes de verglas risquent de se manifester plus fréquemment.

Autres considérations pour augmenter la diversité et l'indice de canopée

Les conifères sont peu représentés dans nos forêts urbaines: par exemple, on les retrouvent dans des proportions de seulement 5% à Montréal et 11% à Québec. En terme de services écosystémiques, leur utilisation est stratégique car ils peuvent faire de la photosynthèse sur une plus longue période annuellement, grâce au fait qu'ils conservent leurs feuilles toute l'année, contrairement aux arbres feuillus. Une autre préoccupation qui doit être considérée par les responsables en verdissement urbain est l'augmentation de la diversité verticale et horizontale. En effet, notre vision actuelle en terme d'aménagement est essentiellement linéaire et en 2 dimensions seulement: il faut rapprocher les arbres les uns des autres, densifier nos plantations et optimiser notre occupation de l'espace en intégrant des plantes, des arbustes et des arbres de faible déploiement sous nos grands arbres, exactement à l'image des peuplements forestiers, et à l'aide d'espèces codominantes et compagnes reconnues pour cohabiter harmonieusement avec les espèces dominantes déjà présentes.

En ce qui concerne l'augmentation de l'indice de canopée, il importe de planter des arbres qui atteindront une grande taille à maturité et de les accompagner à l'aide de pratiques exemplaires pour qu'ils puissent y parvenir. À cette fin, il faut rapidement inverser la tendance actuelle qui consiste à adapter les arbres au milieu urbain (création de nombreux cultivars) plutôt que d'adapter le milieu urbain à la présence et aux exigences arbres de grand déploiement: autrement dit, il faut cesser de produire et de planter des cultivars d'arbres de grand déploiement qui ont été modifiés pour rester de petite taille et accorder une juste place aux arbres de grand déploiement en leur permettant d'avoir accès aux ressources dont ils ont besoin pour s'épanouir, notamment en terme d'espace aérien pour le développement du houppier, et souterrain pour un développement racinaire conforme aux exigences des arbres plantés.

Concept du bon arbre au bon endroit

Inventé et popularisé par Hydro-Québec dans les années 80, le concept du bon arbre au bon endroit réfère à une sélection judicieuse des espèces d'arbres en fonction de leurs caractéristiques et des différentes conditions du site où ils seront plantés. Le succès d'une plantation repose en effet sur le respect de certaines conditions essentielles: adéquation entre l'espace disponible (au niveau aérien et souterrain) et le déploiement à maturité, l'évaluation des contraintes et des facteurs de stress anthropiques présents sur le site et la sélection d'espèces reconnues pour être résistantes à ces stress, le choix d'espèces tolérantes à l'ombre pour des plantations sous-couvert ou à des endroits où la luminosité est faible, le choix d'espèces dont la zone de rusticité est adaptée au site de plantation, des espèces codominantes ou compagnes en adéquation avec la canopée existante et finalement, lorsque la texture du sol est homogène et identifiable, le recours à des espèces d'arbres reconnues pour performer dans une texture de sol particulière (en sols sableux ou argileux par exemple) et donc conforme à la texture du sol du site de plantation. Le respect et l'application du concept du bon arbre au bon endroit est un bel exemple d'amélioration de nos pratiques car il valorise des aspects pratiques et la fonctionnalité des arbres plutôt que de référer à des critères purement visuels et d'ordre esthétique.

Qualité des arbres plantés

Un autre point qui mérite toute notre attention est la qualité des arbres plantés. Comme la demande d'arbres augmente sans cesse depuis quelques années, et qu'elle augmentera encore au cours des prochaines années, il faut trouver des solutions pour non seulement produire plus d'arbres, mais aussi pour en augmenter la qualité. Dans l'optique où ils veulent répondre à la demande grandissante sans apporter de modifications à certaines de leurs pratiques actuelles qui abaissent la qualité des arbres produits, les producteur d'arbres n'auront d'autres choix que de diminuer encore plus la qualité des arbres produits, ce qui représente un enjeu majeur très préoccupant pour l'avenir de la forêt urbaine. Une des pratiques qui méritent d'être améliorées pour produire des arbres d'une plus grand qualité est le rempotage plus régulier des arbres et la taille des racines à chacun de ces rempotages. Les arbres cultivées en pots sont sensibles à la spiralisation des racines: cette problématique est atténuée lorsqu'on rempote fréquemment les arbres et que l'on taille les racines pour éliminer les racines encerclantes et potentiellement étranglantes qui pourraient causer un dysfonctionnement du phloème ainsi que les racines plongeantes  qui sont défavorables à un enracinement en surface et une bonne résistance à la traction. À défaut de d'appliquer ces pratiques en pépinière, il faut pratiquer des tailles racinaires avant la plantation pour corriger ces défauts racinaires qui, à moyen terme, limiteront le travail du système vasculaire ainsi que les capacités d'ancrage des arbres plantés.

La production de cultivars reconnus pour être sensibles aux perturbations biotiques est aussi une pratique qui devrait cesser afin de permettre une plus grande production d'arbres adaptés à nos besoins futurs et résistants aux nombreux facteurs de stress du milieu urbain: le Pommier McIntosh et le Cerisier de Virginie «Schubert» en sont deux bons exemples puisqu'ils sont connus pour être sensibles à certaines maladies pour lesquelles il n'existe aucun traitement. Un autre point en lien avec la qualité des arbres produits est le recours aux greffes comme mode de reproduction. Le procédé de greffage pour reproduire les arbres exacerbe la problématique de la faible diversité génétiques présente en milieu urbain présentement: bien que ce procédé permette de reproduire fidèlement des traits désirables, comme l'augmentation de la rusticité et la diminution de la vigueur et de la croissance du greffon, ou encore d'éliminer des traits indésirables comme la sensibilité à des maladies ou la présence d'épines, la reproduction par greffage abaisse la diversité génétique car les arbres greffés sont des clones d'un même arbre mère, qui possèdent le même patrimoine génétique et donc, la même sensibilité aux mêmes stress, ce qui ne consiste pas en de l'aménagement durable et ne contribue pas à améliorer la résilience et la résistance de nos peuplements forestiers urbains du futur.

Finalement, une autre pratique qui met en péril l'atteinte de notre objectif d'augmenter l'indice de canopée est la production de cultivars voués à demeurer de très petite taille même si ils sont codés génétiquement pour avoir naturellement une grande taille à maturité. Non seulement ces cultivars ne nous prodiguent pas vraiment de services écosystémiques, mais ils possèdent en plus une faible espérance de vie parce qu'ils leur structure comporte des faiblesses importantes: à cet effet, il suffit d'observer plusieurs cultivars d'Érables de Norvège (Acer platanoïdes) et de Tilleul à petites feuilles (Tilia cordata) qui, lorsqu'ils sont affligées par des fourches présentant de l'écorce incluse, ou encore une disposition des branches charpentières qui sont toutes rassemblées au même endroit sur l'axe porteur (le tronc), subissent des échecs importants qui laissent derrière eux des plaies béantes qui compromettent la conservation des arbres touchés.