Arboriculture raisonnée

Un des facteurs les plus décisifs pour permettre à un arbre de vivre très longtemps est la qualité de son architecture. Pour éviter d'importants défauts structurels, la prévention et l'accompagnement de vos jeunes arbres lors de leur développement constitue la meilleure option. En procédant à une sélection rigoureuse des meilleures branches charpentières, au retrait d'éléments de fourches problématiques (dites accidentelles), des branches dont l'angle d'insertion est trop faible ou dont le diamètre est trop important par rapport à celui du tronc, et finalement, des branches trop rapprochées entre elles qui se blesseront mutuellement lors de leur croissance en diamètre, l'arbre sera protégé contre d'importants échecs au cours de son développement par un élagage de formation soutenu.

 

 

À défaut de corriger par l'élagage de formation les jeunes fourches accidentelles, l'installation de haubans représente dans bien des cas la seule option possible pour conserver des arbres adultes ou matures qui sont affligés par des faiblesses structurelles. Passé un certain stade du développement de l'arbre, le retrait de branches à fort diamètre s'avère extrêmement invasif pour les arbres et comporte des risques importants pour leur avenir. Avant d'élaguer des grosses branches sur un arbre, il est essentiel de connaître sa résistance à la carie, son état physiologique et ses capacités de compartimentation: le retrait de branches de plus de 5 à 10 cm de diamètre est extrêmement invasif pour les arbres et ne devrait être envisagé que dans des circonstances exceptionnelles.

Une structure parfaite se caractérise par un défilement de tronc unique et des branches charpentières bien hiérarchisées, s'insérant au tronc avec un angle le plus ouvert possible et bien réparties entre elles autour du tronc. Tant que les branches demeurent des branches et qu'elles ne compétionnent pas avec le tronc, devenant elles-mêmes un autre tronc, l'équilibre demeure et le problème de codominance ne se posera pas. L'illustration suivante en est un exemple parfait, sur une période de 5 ans.

Cette domination de l'arbre sur ses branches charpentières se nomme dominance apicale. Assurée par des hormones (auxines) présentes dans le bourgeon terminal (apex), cette dynamique fait en sorte que la pousse annuelle qui émerge de l'apex de la flèche terminale pousse plus vite et plus longtemps que les pousses issues des bourgeons latéraux: c'est ce qui permet de subordonner les jeunes branches et de les empêcher d'entrer en compétition avec l'axe porteur, le tronc.

Cette hiérarchie au sein de l'arbre agit un peu comme un agent de la paix et permet une croissance équilibrée entre les branches et leur tronc. Tant que l'arbre peut reproduire ce modèle lors de son architecture, il prolongera de façon significative sa durée de vie en empêchant des échecs de ses branches charpentières et les importantes blessures qui en découlent.

Les 2 photos suivantes illustrent l'apex et les bourgeons axillaires, plus petits et s'insérant au tronc avec un angle parfait, et leur évolution en branches bien hiérarchisées quelques années plus tard.

Par contre, si l'apex est retiré ou meurt et laisse les 2 bourgeons axillaires sous-jacents se développer en codominance, il est presque certain qu'au fil du temps ce défaut évoluera vers une faiblesse structurelle majeure. Si la situation n'est pas corrigée rapidement, de forts vents ou un verglas causeront la rupture de la partie codominante de l'arbre et la blessure subséquente condamnera la partie subsistante à l'abattage dans un futur rapproché.

Pourtant, dès la formation d'une fourche accidentelle, il ne suffit que d'un coup de sécateur ou de scie à main pour régler le problème: un simple élagage de restructuration permettra le retour à la normale et une croissance équilibrée de l'arbre par sa dominance apicale. À ce stade, la blessure liée au retrait de la branche produit rapidement un bourrelet de renforcement et la croissance de l'arbre pourra continuer normalement.

Les 2 photos suivantes illustrent une codominance suite à la perte de l'apex. À ce stade, il est encore temps de restructurer notre arbre sans causer une blessure importante.

Toutefois, passé un certain stade, l'élagage n'est plus une option viable parce-que le diamètre de la branche en défaut est trop grand et son retrait serait donc extrêmement invasif: plus le diamètre d’une branche coupée est important, plus longue en sera la cicatrisation au niveau du tronc. Parallèlement, le compartimentage de la zone de carie (dépolymérisation de la lignine) à l'intérieur du tronc sera très complexe, voire impossible dans certains cas, par exemple lorsque l’on coupe une branche charpentière aussi grosse, ou presque aussi grosse que le tronc lui-même.

La blessure résultante affectera la résistance mécanique de l'arbre, altèrera sa capacité à se nourrir par la photosynthèse (le pourcentage de masse raméale et foliaire supprimée ne pouvant plus capter la lumière du soleil) et prédisposera les tissus vivants du tronc nouvellement exposés à l'insolation: les tissus du tronc qui ont toujours été protégés du soleil au fil du temps ne résistent pas à une exposition subite aux rayons du soleil, ce qui cause une nécrose des tissus du cambium et d'importantes complications par la suite.

Les 2 photos suivantes illustrent des cas où le retrait de la partie codominante causerait une blessure très importante et certaines complications. Passé ce stade, seuls les haubans permettront la conservation de l'arbre et la prévention de ce type de blessure complexe..

Heureusement, les haubans représentent une solution fiable à ce problème, si et seulement si ils sont installés conformément à la masse qu'ils doivent soutenir, avec des matériaux normés (BNQ) et bien adaptés à chaque situation, selon certaines règles et, le plus important, selon la condition de l'arbre. De plus, suite à leur installation, la gestion des risques associés à la conservation de l'arbre incombe autant au propriétaire de l'arbre qu'à celui qui les prescrit et les installe.

Finalement, la branche problématique retenue par le hauban est souvent associée à une blessure au niveau du tronc central: il faut donc suivre l'évolution de cette blessure et de la condition du tronc afin de s'assurer qu'il peut encore supporter la branche haubanée. Leur prescription et leur installation reposent donc sur une vaste expérience et un grand jugement.

Haubans dynamiques BOA

L'approche la moins invasive et la plus respectueuse de l'arbre est une invention allemande, le hauban BOA. Constitué de polypropylène, l'installation ne nécessite pas le forage du tronc comme l'approche traditionnelle. Il est conçu pour être ajusté à la croissance en diamètre du tronc de l'arbre, permettant ainsi la continuité de la formation du bois de réaction, essentielle à une bonne résistance mécanique. Cette fonction n'est pas possible avec l'approche traditionnelle car les haubans en acier sont statiques, donc sous tension, tandis que le BOA est dynamique et sans tension, mais pourvu d'un dispositif qui permet d'absorber les chocs lors de sa mise sous tension par l'action de forts vents.